Le Feu des Origines
“Véritable saga au cœur de la colonisation, Le Feu des origines se propage de la brousse à la ville, sur les traces d'un héros en révolte, Mandala Mankunku. De sa naissance merveilleuse à ses dernières années, la vie de Mandala raconte l'histoire de son pays, le Congo, et de son continent, l'Afrique. La sanglante construction du chemin de fer congolais, la mise en coupe du pays, et jusqu'à l'utilisation massive des hommes lors de la guerre de 1940, où le Tchad, le Cameroun, la Centrafrique et le Congo constitueront les bases de “la France Libre”. Alors, balayé par le pouvoir colonial, usé par les luttes politiques puis la guerre, vieilli aux yeux même de ces enfants partis chercher la modernité en Occident, il restera à Mandala Mankunku à retrouver le feu des origines.”
Épopée classique relatant la transmutation d'un territoire et d’un peuple africain par la colonisation européenne, Le Feu des origines est le second roman de l’auteur congolais Emmanuel Dongala. Il a reçu à sa sortie en 1987 le Grand Prix littéraire d'Afrique Noire. Au centre de cette saga, le personnage principal, Mandala Mankunku, “forgeron, fils de forgeron” et “maître sculpteur : en bois, en bronze, en pierre”. Il a étonnamment les yeux verts - des “yeux glauques, vert- de-palme, phosphorescents”, “des yeux verts de fauve nyctalope”, couleur mamba, malachite. Génie créateur, avide de connaissance et d’émancipation, Mandala Mankuku s’adapte et résiste ardemment par son art au pouvoir colonial.
Avec Le Feu des origines, l’auteur se fait le chimiste et l’observateur d’un nouveau paradigme intellectuel et spirituel africain, synthèse d’une sapience holistique propre à l’Afrique, augmentée de la somme des connaissances globalisées. On retrouve cet alliage dans les arts, où les techniques artisanales ancestrales - la sculpture, le perlage, la ferronnerie, le textile, la céramique, la peinture - se trouvent perpétuées avec leurs évolutions techniques par des artistes du Continent, de ses diasporas et d’Ailleurs.
Ce feu matriciel et animiste évoque la relation passionnelle que chacun peut entretenir avec ses géographies intimes - et fait echo au caractère éruptif et dévorant des origines en contexte afro- diasporique. On le retrouve ainsi dans l’oeuvre du poète et romancier guadeloupéen Daniel Maximin qui y développe un Volcanisme, une ôde au magma en fusion des individualités créolisées dans Soufrières (1987), L’isolé soleil (1989), L’invention des désirades (2000) et chez l’Afro-américain James Baldwin, au creuset du brasier identitaire états-unien dans La prochaine fois, le feu (1963).
La sculpture est aussi un feu originel, unificateur et régénérateur de l’art en Afrique. Le choix de ce thème pour cette édition 2023 de la Biennale Internationale de Sculpture de Ouagadougou (BISO) est aussi un hommage à la tradition métallurgique burkinabé, au feu du four et de la forge.

