Élément(erre): aux sources de l'animisme - Thiémoko Claude Diarra
Animé par une démarche analytique minutieuse, l’artiste porte un regard attentif sur les
structures du vivant, qu’il observe dans leurs manifestations les plus infimes, parfois jusqu’à une échelle quasi microscopique. Les surfaces de ses œuvres se transforment alors en milieux dynamiques, traversés de réseaux de points, de lignes et de ramifications qui semblent proliférer selon des logiques organiques.
À la croisée d’héritages belge et malien, la pratique artistique de Thiemoko Claude Diarra
s’inscrit dans un espace de résonance entre deux sources d’inspiration. D’une part, l’univers symbolique et rituel des traditions bambaras, imprégné d’une conception spirituelle du monde; d’autre part, l’héritage d’une rationalité scientifique et analytique, transmis notamment par une mère infirmière d’origine belge. Ces deux mondes, loin de s’opposer, coexistent au sein du travail de l’artiste dans une complémentarité organique, où spiritualité et observation se côtoient.
Animé par une démarche analytique minutieuse, l’artiste porte un regard attentif sur les
structures du vivant, qu’il observe dans leurs manifestations les plus infimes, parfois jusqu’à une échelle quasi microscopique. Les surfaces de ses œuvres se transforment alors en milieux dynamiques, traversés de réseaux de points, de lignes et de ramifications qui semblent proliférer selon des logiques organiques.
Cette attention aux structures invisibles du monde renvoie directement à l’héritage
cosmologique bambara, selon lequel les formes apparentes dissimulent des forces sacrées et immatérielles. Chez Thiemoko Claude Diarra, l’observation du vivant devient ainsi un vecteur de compréhension d’un système d’interconnexions où matière, énergie et esprit participent d’un même continuum. L’image s’impose alors comme un espace de médiation entre la matérialité visible et les dimensions invisibles qui la traversent.
Thiemoko Claude Diarra peint le mouvement intrinsèque du vivant via une pluralité de
médiums — dessin, peinture et tapisserie — qui constituent autant de terrains d’expérimentation formelle. Le dessin déploie des réseaux et des lignes de force qui relient les éléments entre eux. La peinture, quant à elle, introduit une profondeur matérielle qui transforme la surface picturale en une fenêtre vers des territoires invisibles. Dans la tapisserie, le fil, le tissage, imitent physiquement la façon dont les racines ou les cellules se développent. L’œuvre acquiert alors une dimension presque palpable, s’imposant dans l’espace comme une présence vivante.
Bien plus qu’un simple choix chromatique, l’utilisation de pigments de terre naturels agit ici comme un médium à la fois artistique et spirituel, chargé d’histoire, de mémoire et d’énergie.
Contrairement aux pigments industriels, elle conserve un sens profond. Les œuvres qui en résultent dépassent ainsi le statut d’images pour devenir des objets dotés d’une présence matérielle singulière, situés à la frontière entre le monde des objets et celui de la nature.
Dans cette perspective, la forme ne se présente jamais comme une entité figée, mais comme un passage, une transition vers d’autres dimensions. Chaque ligne, chaque motif, témoigne d’un principe vital en perpétuelle transformation. Rien n’y demeure inerte.
L’œuvre de Thiemoko Claude Diarra invite ainsi à reconsidérer les certitudes sur l’identité, en proposant des formes qui fonctionnent comme de véritables écosystèmes visuels, où chaque élément participe d’un réseau d’interdépendances. Derrière l’informe et la confusion, se cachent une force de vie puissante et organisée qui nous unit tous. L’image devient alors un territoire de circulation entre visible et invisible, où se manifeste une conception du vivant comme système relationnel et cosmique.
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Thiémoko Claude Diarra, Sans titre, 2025 -
Thiémoko Claude Diarra, L'intrus, 2025 -
Thiémoko Claude Diarra, Sans titre, 2025 -
Thiémoko Claude Diarra, Le rêve du Pharaon , 2025

