CROCODILES - SPIRITUALITÉ, RITES ET SURVIE À L’ÈRE DE L’ANTHROPOCÈNE
L’eau est mémoire. Elle porte les mythes, abrite les esprits, trace les frontières entre les mondes. Mais l’eau, aujourd’hui, se retire. Les fleuves s’appauvrissent, les lacs s’assèchent, et avec eux disparaissent les mondes invisibles qui leur donnaient sens. C’est dans cet espace de tension, entre le sacré et le périssable, que s’inscrivent les œuvres d’Arnold Fokam et de Nyaba Léon Ouédraogo.
Inspiré des masques cimiers crocodile Ijaw, le Camerounais Arnold Fokam réinterprète le mythe de Mami Watta au bord du fleuve Congo. Dans sa série Processions débutée en 2023 dans le cadre d’une résidence, il convoque cette figure tutélaire des eaux africaines, déesse protectrice et redoutable, pour mieux révéler ce qui se joue sous la surface. Mêlant peinture, sculpture, performance et photographie, son travail évoque la violence infligée aux écosystèmes aquatiques et interroge la relation de l’homme à l’eau et aux esprits. Mami Watta devient ici un prisme à travers lequel lire la crise écologique.
À cette vision mythologique répond, depuis le Burkina Faso, le regard documentaire et poétique de Nyaba Léon Ouédraogo. Sa série Crocodiles est réalisée sur le site du lac de Bazoulé, qui abrite près de 280 crocodiles considérés comme sacrés par les populations locales. Les habitants vouent à ces reptiles un profond respect, leur offrant des offrandes, et accompagnent chaque mort d’un cérémoniel solennel. Mais ce lien ancestral est aujourd’hui fragilisé : le Burkina Faso est durement impacté par le dérèglement climatique, et se pose désormais la question de l’assèchement du lac et de la disparition programmée de ces reptiles. Que devient un peuple quand disparaissent les gardiens sacrés de ses eaux ? Les œuvres d’Ouédraogo révèlent les conséquences du dérèglement climatique sur ces sites sacrés et la menace qui pèse sur la transmission d’un patrimoine spirituel vivant.
Dans le cadre du parcours OFF du Festival des Rencontres de la Photographie d’Arles, la galerie PERSON présentera ces deux artistes au sein du « Printemps», un espace d’exposition collectif qui réunit pour la deuxième année consécrutive plusieurs expositions. Arnold Fokam et Nyaba Léon Ouédraogo y trouveront un écrin inédit pour donner à voir, ensemble, deux regards qui font de l’eau un territoire à la fois sacré, menacé et porteur de mémoire.
27 juin - 20 septembre 2026
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