Le dessin, retour en grâce

Autrefois considéré comme une discipline essentielle, le dessin a connu une réelle désaffection. Il revient sur le devant de la scène !
Stéphanie Pioda, Quotidien de l'art - Hors série Art on Paper, Octobre 1, 2026

Le dessin, retour en grâcE

par Stéphanie Pioda

 

Le dessin serait-il en train de vivre un âge d’or ? Nombre d’arguments s’alignent comme autant de preuves pour répondre positivement, à commencer par la multiplication des salons dédiés au médium : ArtOnPaper à Bruxelles, bien sûr, mais aussi les désormais historiques Salon du dessin et Drawing Now, à Paris.

Ces derniers ont été des locomotives et ont embarqué dans la dynamique les maisons de ventes, les musées et les galeries, jusqu’à voir naître, en 2017, le Printemps du dessin dans toute la France et, en 2023, le Festival du dessin à Arles.

Si le marché a été moteur, c’est qu’il reflète une réalité, à savoir que de nombreux artistes en ont fait leur médium de prédilection – à l’image d’Abdelkader Benchamma, François Réau, Edi Dubien, Manon Pellan, In-kyung Park, Charlotte Culot – et qu’il est incontestablement une porte d’entrée pour commencer une collection, comme le résume Olivier Waltman. « Le dessin parle de tout, dans un langage universel et accessible à tous, et à des prix qui n’effraient pas les jeunes collectionneurs. »

Terrain d’expérimentation

C’est que les artistes n’ont pas hésité à sortir du cadre et à le réinventer, en le faisant déborder des murs (Susanna Inglada), en le projetant en 3D (Chloé Vanderstraeten), en l’intégrant à des jeux vidéo (Jérémy Griffaud)…

« Le dessin est un espace d’expérimentation sans nécessairement être préparatoire, note Christophe Person, ce qu’illustrent les trois artistes que nous présentons à ArtOnPaper : Mamadou Cissé travaille au feutre, Thiemoko Claude Diarra avec des pigments de terre et Tsham au stylo à bille, des techniques qui laissent peu de place au repentir. Dans un marché devenu plus exigeant, je crois que les collectionneurs cherchent à retrouver la création au plus près du geste de l’artiste, et le dessin répond à cette attente. »

Et Jean de Malherbe, de la galerie La Forest Divonne, de compléter : « Les œuvres sur papier offrent une expérience intime et sensible à la saveur unique, des œuvres dans lesquelles la personnalité de l’artiste se manifeste plus qu’ailleurs. » On peut le vérifier sur la foire avec les œuvres de Valérie Novello et de Caribaï. 

Dessin, BD et art brut, même combat

Enfin, la montée en puissance du support papier a suivi la même progression que d’autres domaines longtemps considérés comme des niches, comme la bande dessinée et l’art brut.

Plus largement, pour Christian Berst, galeriste de référence pour la spécialité, « elle accompagne l’effacement progressif des anciennes hiérarchies entre pratiques nobles et mineures. Dans l’art brut, cette porosité est particulièrement féconde : l’écriture devient fréquemment dessin et le dessin écriture, dans un continuum graphique qui échappe aux catégories traditionnelles. »

Et le galeriste de conclure : « À une époque où l’art est de plus en plus médiatisé, technologique et spectaculaire, il nous ramène à quelque chose d’élémentaire : une main, une trace, une présence. » QDA-HorsSerie_2026-09-26 (1)

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